Toute la nuit devant nous, recueil de nouvelles de Marcus Malte (Zulma, France, 2008)La première nouvelle se passe dans une colonie de vacances. Un enfant s'y sent mal. Décor déjà vu ailleurs : on pense à La classe de neige, d'Emmanuel Carrère. L'enfant compte sur son ami, rencontré lors de la colonie de l'été précédent, pour éloigner les moqueries des autres et en faire son allié contre la monitrice rousse, qui l'humilie. Comme lieu de socialisation des enfants, la colonie sera l'occasion pour lui d'apprendre la vengeance, dans un récit glaçant du meurtre joyeux de la monotrice, jetée dans les oubliettes du vieux château.
Dans le deuxième récit, les protagonistes sont des adolescents qui se sont donné des noms de fleurs. On assiste, perplexe, à leur suicide collectif parce qu'ils ne veulent pas "vivre sur une Terre irradiée." Rose aime sa mère, qu'elle voit partir au travail le matin, mais elle ne recule pas devant la mort. Chardon Ardent aurait honte de rater son coup. Lis et Lys ont 16 ans, ils s'aiment de façon fusionnelle, restent soudés l'un à l'autre des nuits entières. Pourtant, ils foncent droit vers la mort sans ciller. Les quatre adolescents réalisent un projet qui fait froid dans le dos : au volant de la voiture du père de Chardon Ardent, ils grimpent sur une voie ferrée et roulent droit sur un train, convoi transportant des déchets radioactifs vers le centre de stockage de La Hague.
La troisième nouvelle fait entendre, dans un style parlé (le titre de la nouvelle, Le père à Francis, évoque bien ce style familier), un jeune espoir du football marseillais, en prison, alors qu'il devait rentrer au centre de formation de l'OM. Il avait "une chance sur un million" de devenir un Zidane, comme lui avait fait savoir le "père à Francis" et il a manqué cette chance.
L'absence d'innocence et la dureté de l'existence de ces jeunes donne le ton de ces trois nouvelles, qui les amène à se réfugier dans un monde d'illusions. L'enfant de la colonie de vacances vit une hallucination fantasmagorique, peut-être pour échapper à l'horreur du meurtre commis par son ami, qui a jeté la monitrice dans les oubliettes du château avant de la bombarder de pierres. C'était elle ou lui, une question de survie. Les adolescents Rose, Lys et Iris, et Chardon ne veulent même pas survivre, eux. Implacablement, sans remettre en question leur projet suicidaire, ils avancent vers la mort comme des automates, ne croyant pas sans doute que la vie leur réserve une possibilité de bonheur. Le footballeur de la cité marseillaise, lui, fait semblant d'y croire encore, qu'il pourrait devenir un Zidane. On devine pourtant qu'il est définitivement passé à côté de sa chance, et qu'elle ne se représentera pas.
De ces trois récits écrits dans un style différent pour coller à chaque psychologie, (même si le dernier se révèle moins réussi, à cause du ton jeune trop systématique, trop poussé), on retient le mystère commun à tous les personnages de jeunes enfants, adolescents ou jeune adulte. Bien que le narrateur place souvent son lecteur au plus près des personnages, qu'on soit directement dans leurs têtes, on a du mal à comprendre le sens véritable de leurs actes. Pourquoi l'enfant de la colonie ne prend-il pas conscience de l'horreur du crime ? Qu'est-ce qui pousse vraiment ces quatre adolescents au suicide ? Que se passe-t-il, au plus profond de l'âme de ce jeune footballeur qui ne peut pas ignorer qu'il n'a plus aucune chance de réussir dans la vie ?
Ce sont ces questions, laissées en suspens, qui font tout l'intérêt de la lecture. Au lieu d'apporter des réponses, Marcus Malte nous offre des mystères humains qu'on aurait tort de trop vouloir analyser de façon rationnelle, mais qui marquent fortement l'imagination.
Dans le deuxième récit, les protagonistes sont des adolescents qui se sont donné des noms de fleurs. On assiste, perplexe, à leur suicide collectif parce qu'ils ne veulent pas "vivre sur une Terre irradiée." Rose aime sa mère, qu'elle voit partir au travail le matin, mais elle ne recule pas devant la mort. Chardon Ardent aurait honte de rater son coup. Lis et Lys ont 16 ans, ils s'aiment de façon fusionnelle, restent soudés l'un à l'autre des nuits entières. Pourtant, ils foncent droit vers la mort sans ciller. Les quatre adolescents réalisent un projet qui fait froid dans le dos : au volant de la voiture du père de Chardon Ardent, ils grimpent sur une voie ferrée et roulent droit sur un train, convoi transportant des déchets radioactifs vers le centre de stockage de La Hague.
La troisième nouvelle fait entendre, dans un style parlé (le titre de la nouvelle, Le père à Francis, évoque bien ce style familier), un jeune espoir du football marseillais, en prison, alors qu'il devait rentrer au centre de formation de l'OM. Il avait "une chance sur un million" de devenir un Zidane, comme lui avait fait savoir le "père à Francis" et il a manqué cette chance.
L'absence d'innocence et la dureté de l'existence de ces jeunes donne le ton de ces trois nouvelles, qui les amène à se réfugier dans un monde d'illusions. L'enfant de la colonie de vacances vit une hallucination fantasmagorique, peut-être pour échapper à l'horreur du meurtre commis par son ami, qui a jeté la monitrice dans les oubliettes du château avant de la bombarder de pierres. C'était elle ou lui, une question de survie. Les adolescents Rose, Lys et Iris, et Chardon ne veulent même pas survivre, eux. Implacablement, sans remettre en question leur projet suicidaire, ils avancent vers la mort comme des automates, ne croyant pas sans doute que la vie leur réserve une possibilité de bonheur. Le footballeur de la cité marseillaise, lui, fait semblant d'y croire encore, qu'il pourrait devenir un Zidane. On devine pourtant qu'il est définitivement passé à côté de sa chance, et qu'elle ne se représentera pas.
De ces trois récits écrits dans un style différent pour coller à chaque psychologie, (même si le dernier se révèle moins réussi, à cause du ton jeune trop systématique, trop poussé), on retient le mystère commun à tous les personnages de jeunes enfants, adolescents ou jeune adulte. Bien que le narrateur place souvent son lecteur au plus près des personnages, qu'on soit directement dans leurs têtes, on a du mal à comprendre le sens véritable de leurs actes. Pourquoi l'enfant de la colonie ne prend-il pas conscience de l'horreur du crime ? Qu'est-ce qui pousse vraiment ces quatre adolescents au suicide ? Que se passe-t-il, au plus profond de l'âme de ce jeune footballeur qui ne peut pas ignorer qu'il n'a plus aucune chance de réussir dans la vie ?
Ce sont ces questions, laissées en suspens, qui font tout l'intérêt de la lecture. Au lieu d'apporter des réponses, Marcus Malte nous offre des mystères humains qu'on aurait tort de trop vouloir analyser de façon rationnelle, mais qui marquent fortement l'imagination.



