Le contraire de la mort, scènes de la vie napolitaine, de Roberto Saviano (Robert Laffont, 2009)Saviano lance deux cris de révolte sur les plaies de sa terre natale, Naples et sa région, par deux récits illustrant injustice et inégalité face à la vie de gens coupables du seul fait d'être né dans cette région pauvre et gangrenée par la mafia.
L'auteur de Gomorra reprend ici le thème du best-seller qui l'a fait connaitre, et dont il est partie prenante en tant qu'enfant du pays : celui de la vie des habitants de Naples et sa région dont la mafia régit la vie quotidienne. Cette fois encore, il touche au plus près de l'intérêt humain en s'incluant dans le récit, journaliste et témoin privilégié des ravages causés par la pauvreté.
De cette forme de nouveau journalisme, dans Gomorra, (mot valise fabriqué à partir de Camorra, le nom de la mafia napolitaine et Gomorra, Gomorre, en italien), il brossait le portrait de mafieux pathétiques qui se prenaient pour des héros de films américains les mythifiant (Le Parrain en tête), mettait au jour et expliquait toutes les arcaces des trafics de ces organisations souterraines dont les agissements sont au coeur de la société capitaliste, qu'il s'agisse de la vente de cigarettes de contrebandes, la main d'oeuvre du textile de la haute-couture, les restaurants rachetés au niveau local et à l'étranger pour blanchir l'argent, jusqu'au traitement des déchets toxiques pris en charge par la Camorra.
De ces faits, Roberto Saviano brossait un portrait de la vie d'habitants du Sud de l'Italie qui, parce qu'ils sont nés là et y sont restés, n'ont pas le choix d'en être complice et acteurs, notamment parce que leur région ne leur offre aucune autre possibilité de se faire une place dans la société.
Une vie qui finit souvent dans le sang, les réglements de compte et les larmes : du drame, raconté avec style et une mise en scène de film d'action et qui faisait de Gomorra, un récit aussi littéraire que journalistique.
Cette fois, Saviano revient avec deux courts récits, en forme d'articles de magasines, mais dont l'ambition littéraire passe par sa volonté d'en extraire le drame et le tragique.
Le premier récit évoque ces jeunes hommes qui s'enrôlent dans l'armée pour gagner leur vie, le temps de missions à l'étranger grassement payés : « Ici, pour rejoindre l'armée, même ceux qui ont une jambe en moins tenteraient leur chance ». Mercenaires d'un quart-monde où l'armée est la seule porte de salut, ces jeunes hommes sont le jouet de guerres qui ne les concernent pas (Liban, Irak, Somalie, Bosnie, Afghanistan) : « Dans la plupart de ces missions humanitaires, les troupes sont essentiellement composées de soldats méridionaux. Plus de la moitié des soldats italiens morts au front viennent du Sud ».
On suit Maria, jeune veuve d'un de ces jeunes enrôlés, sans d'abord connaître son âge, qu'on apprend avec le même choc que narrateur vers la fin d'un récit : 17 ans, à peine sortie de l'enfance et une vie qui semble brisée et finie : « Les veuves d'hommes jeunes. Qui devenaient intouchables pour les autres, car le spectre de leur époux veille à jamais sur elle ».
De cette forme de nouveau journalisme, dans Gomorra, (mot valise fabriqué à partir de Camorra, le nom de la mafia napolitaine et Gomorra, Gomorre, en italien), il brossait le portrait de mafieux pathétiques qui se prenaient pour des héros de films américains les mythifiant (Le Parrain en tête), mettait au jour et expliquait toutes les arcaces des trafics de ces organisations souterraines dont les agissements sont au coeur de la société capitaliste, qu'il s'agisse de la vente de cigarettes de contrebandes, la main d'oeuvre du textile de la haute-couture, les restaurants rachetés au niveau local et à l'étranger pour blanchir l'argent, jusqu'au traitement des déchets toxiques pris en charge par la Camorra.
De ces faits, Roberto Saviano brossait un portrait de la vie d'habitants du Sud de l'Italie qui, parce qu'ils sont nés là et y sont restés, n'ont pas le choix d'en être complice et acteurs, notamment parce que leur région ne leur offre aucune autre possibilité de se faire une place dans la société.
Une vie qui finit souvent dans le sang, les réglements de compte et les larmes : du drame, raconté avec style et une mise en scène de film d'action et qui faisait de Gomorra, un récit aussi littéraire que journalistique.
Cette fois, Saviano revient avec deux courts récits, en forme d'articles de magasines, mais dont l'ambition littéraire passe par sa volonté d'en extraire le drame et le tragique.
Le premier récit évoque ces jeunes hommes qui s'enrôlent dans l'armée pour gagner leur vie, le temps de missions à l'étranger grassement payés : « Ici, pour rejoindre l'armée, même ceux qui ont une jambe en moins tenteraient leur chance ». Mercenaires d'un quart-monde où l'armée est la seule porte de salut, ces jeunes hommes sont le jouet de guerres qui ne les concernent pas (Liban, Irak, Somalie, Bosnie, Afghanistan) : « Dans la plupart de ces missions humanitaires, les troupes sont essentiellement composées de soldats méridionaux. Plus de la moitié des soldats italiens morts au front viennent du Sud ».
On suit Maria, jeune veuve d'un de ces jeunes enrôlés, sans d'abord connaître son âge, qu'on apprend avec le même choc que narrateur vers la fin d'un récit : 17 ans, à peine sortie de l'enfance et une vie qui semble brisée et finie : « Les veuves d'hommes jeunes. Qui devenaient intouchables pour les autres, car le spectre de leur époux veille à jamais sur elle ».
Son fiancé s'était engagé dans l'armée pour payer leur mariage. Il est mort en Afghanistan, dans un char qui a sauté sur une bombe.
Dans le second récit, La bague, Saviano évoque l'incompréhension d'une amie "du Nord", venue assister à un mariage à Naples, et qui, devenue journaliste des années après, se souvient de deux amis de Saviano qu'elle y avait vus, et qui ont été tués par un clan mafieux. Sans connaître le contexte, elle porte un jugement hâtif sur ces deux hommes, croyant pouvoir les accuser d'avoir appartenu à la camorra. En réalité, ces deux hommes n'ont été tués que pour en atteindre un autre qui s'était échappé, destinataire d'un réglement de compte entre clans ennemis.
Saviano enrage (« cette même colère me serre la gorge et je ne parviens pas à répondre, je ne parviens pas à parler ») des préjugés négatifs du reste du pays sur sa région, qui rendent suspects aux yeux des étrangers toute personne originaire de la région : « il est des lieux où le simple fait de naître est une faute, où le premier souffle et la dernière quinte de toux ont la même valeur, la valeur de la faute. »
De ces deux courts récits, Saviano parvient à faire ressortir des détails invisibles aux yeux étrangers, laissant entrevoir le climat particulier de sa région, où même les choses les plus quotidiennes sont marquées de l'empreinte de la mafia. Ainsi dans un café, « tout le monde boit de la limonade Arnone, parce qu'elle est du coin et que quelqu'un exige qu'on vendre seulement de la limonade Arnone ».
Le quotidien est perverti par la peur, et celle-ci n'est pas nouvelle. Comme le fait remarquer Saviano à propos d'un couple de retraités : « Ils aimeraient pouvoir dire que tout a changé, qu'ils ne reconnaissent pas les lieux de leur jeunesse. Mais ils les reconnaissent. Ç'a toujours été ainsi. Peut-être même était-ce pire avant. »
Autre signe distinctif inquiétant, les plaques de métal gravés de leur nom et leur date de naissance que portent les hommes de la région autour du cou, tels des soldats. « Tous ceux que je connais ou presque ont une plaque... On dirait une mode de rappeurs, la marque stylistique des jeunes de banlieue, une provocation, une façon de souligner la permanence du conflit urbain » ; « La plaque est essentielle pour comprendre ma région, mon village et les gens de chez moi... La plaque est un signe, le signe d'un pays en guerre. D'une partie d'un pays en guerre. Un pays en guerre mais qui l'ignore. »
De la veuve de soldat mort en Afghanistan aux deux hommes victimes innocentes de la mafia, Saviano enrage de voir ces vies détruites, une situation qui n'a pas changé depuis qu'il est enfant et dont il ne peut s'empêcher, désormais, de raconter sous son vrai jour, malgré les menaces de mort que la mafia fait peser sur lui depuis la publication de Gomorra : « En grandissant, j'ai ressenti comme une nausée permanente à force de garder ces histoires pour moi et que j'ai dû les déverser sur n'importe qui ».
Dans le second récit, La bague, Saviano évoque l'incompréhension d'une amie "du Nord", venue assister à un mariage à Naples, et qui, devenue journaliste des années après, se souvient de deux amis de Saviano qu'elle y avait vus, et qui ont été tués par un clan mafieux. Sans connaître le contexte, elle porte un jugement hâtif sur ces deux hommes, croyant pouvoir les accuser d'avoir appartenu à la camorra. En réalité, ces deux hommes n'ont été tués que pour en atteindre un autre qui s'était échappé, destinataire d'un réglement de compte entre clans ennemis.
Saviano enrage (« cette même colère me serre la gorge et je ne parviens pas à répondre, je ne parviens pas à parler ») des préjugés négatifs du reste du pays sur sa région, qui rendent suspects aux yeux des étrangers toute personne originaire de la région : « il est des lieux où le simple fait de naître est une faute, où le premier souffle et la dernière quinte de toux ont la même valeur, la valeur de la faute. »
De ces deux courts récits, Saviano parvient à faire ressortir des détails invisibles aux yeux étrangers, laissant entrevoir le climat particulier de sa région, où même les choses les plus quotidiennes sont marquées de l'empreinte de la mafia. Ainsi dans un café, « tout le monde boit de la limonade Arnone, parce qu'elle est du coin et que quelqu'un exige qu'on vendre seulement de la limonade Arnone ».
Le quotidien est perverti par la peur, et celle-ci n'est pas nouvelle. Comme le fait remarquer Saviano à propos d'un couple de retraités : « Ils aimeraient pouvoir dire que tout a changé, qu'ils ne reconnaissent pas les lieux de leur jeunesse. Mais ils les reconnaissent. Ç'a toujours été ainsi. Peut-être même était-ce pire avant. »
Autre signe distinctif inquiétant, les plaques de métal gravés de leur nom et leur date de naissance que portent les hommes de la région autour du cou, tels des soldats. « Tous ceux que je connais ou presque ont une plaque... On dirait une mode de rappeurs, la marque stylistique des jeunes de banlieue, une provocation, une façon de souligner la permanence du conflit urbain » ; « La plaque est essentielle pour comprendre ma région, mon village et les gens de chez moi... La plaque est un signe, le signe d'un pays en guerre. D'une partie d'un pays en guerre. Un pays en guerre mais qui l'ignore. »
De la veuve de soldat mort en Afghanistan aux deux hommes victimes innocentes de la mafia, Saviano enrage de voir ces vies détruites, une situation qui n'a pas changé depuis qu'il est enfant et dont il ne peut s'empêcher, désormais, de raconter sous son vrai jour, malgré les menaces de mort que la mafia fait peser sur lui depuis la publication de Gomorra : « En grandissant, j'ai ressenti comme une nausée permanente à force de garder ces histoires pour moi et que j'ai dû les déverser sur n'importe qui ».



